COMMUNISME DE NOUVELLE GÉNÉRATION

 

RENCONTRES A MONTLUÇON      avec    " L’ATELIER "

 Dans le courant de l’année 2011, nous nous sommes rencontrés à cinq ou six camarades, tous partisans de l’hypothèse communiste. Certains adhérents du PCF, d’autres ne l’étaient plus. Mais nous partagions une même vision, je pourrais dire que nous partagions une même souffrance. Nous faisions le constat inquiet du continuel affaiblissement du Parti Communiste Français. Nous observions qu’il en était de même pour toutes les organisations politiques partisanes d’une réelle alternative. 

Nous constations aussi le recul du taux de syndicalisation, tout spécialement pour la CGT

Nous vivions des luttes revendicatives moins nombreuses, moins fortes et éparses le plus souvent.

Un petit coin de ciel bleu nous habitait : la naissance prometteuse du Front de Gauche.

 

 

                   ROUVRIR LE CRUCIAL DÉBAT D’IDÉES

   Mais au cœur de notre commun constat, nous mesurions le vide immense que représentait l’absence de perspective, de réelle alternative. Nous faisions l’amer constat qu’aucun projet de société alternative, à celle plus que difficile, que le pays vivait, n’était nulle part débattu. Aucun débat de fond n’existait, pas plus à l’intérieur du PC. Nous vivions mal ce vide, si préoccupant vis à vis des apports spécifiques du communisme, d’un communisme de notre temps, pour nourrir les attentes, les recherches, même tâtonnantes, vers un autre devenir, vers un autre monde. 

   Certes nous constations que le PCF, comme d’autres organisations de la gauche de la gauche, exprimait un soutien réel aux luttes revendicatives. Mais nous étions bien obligés de constater que l’essentiel de ses activités consistait à "sauter" d’une élection à l’autre, convaincu que la lutte émancipatrice ne pouvait s’exprimer autrement qu’en s’inscrivant dans les processus institutionnels. Il était primordial pour lui – et tout démontre qu’il en est toujours ainsi- de tout faire pour avoir le maximum d’élus, même au prix d’alliance avec ceux qui s’enfonçaient déjà de plus en plus visiblement dans le social-libéralisme ; C’est à dire la pure et simple acceptation du régime capitaliste.

   Malheureusement, il nous fallait faire simultanément le constat que – au même moment où nous vivions cette espèce de paralysie idéologique des forces progressistes - les tenants du capitalisme, depuis des années, faisaient avancer leurs théories diaboliques, développant le chacun pour soi, dénigrant l’utilité de lutte. Bref, faire admettre, de plus en plus efficacement, qu’aucune alternative à l’actuel système n’était possible.

   Théorie, on le sait, reprise par les dirigeants du PS.

   A l’issue de ces premiers échanges – tenus à quelques-uns uns, je le répète – nous avons partagé la même préoccupation : nous devions tenter de faire quelque chose pour rouvrir, pour nourrir le crucial débat d’idées parmi nos concitoyens. Débat d’idées pensions-nous qui, pas à pas, permettrait de voir se dessiner un avenir sans le capitalisme et donc de commencer à penser une autre société. Débat d’idées que nous voulions en prise directe avec la réalité actuelle, ce qui selon nous, dans un même mouvement conférerait plus d’ampleur, plus d’unité et plus de force aux luttes. 

   Nous avions conscience qu’il s’agissait d’une tâche importante, complexe, qui pouvait appeler à des doutes, demander du temps. Nous étions conscients de ces réalités, auxquelles il faut ajouter que nous n’avions aucun moyen. Mais comme il nous semblait qu’il s’agissait d’une tâche incontournable et de grande urgence, nous nous sommes lancés.

A cinq, six au départ, une quarantaine d’acteurs aujourd’hui, nous avons organisé en quatre saisons, dix-sept conférences. 

 

   Mais avant de parler de nos conférences, de nos réussites, grandes et moins grandes, je voudrais exprimer l’analyse que nous portons sur la situation générale présente, car c’est cette analyse partagée qui nourrit notre volonté et notre énergie pour poursuivre notre activité. Parler de l’organisation de nos conférences sans parler de ce qui nous soude serait à mes yeux de peu d’utilité.

 

UN MOMENT DE BASCULEMENT DU MONDE

   Sans relâche, on nous parle de crise.

        Qu’est-ce que la crise ?

    La crise, avant tout, est celle de vies brisées, amputées de tout projet d’avenir, dans le cadre d’une immense casse sociale à laquelle les dirigeants politiques de la droite et des sociaux-libéraux se sont associés.

   En un mot, nous vivons une phase d’intensification multiforme de la violence sociale, un monde social fracassé, au bord de l’implosion. Ce qui nous semble nécessaire de bien voir, c’est que la crise n’est pas seulement économique. Elle est une crise de tout le système actuel, reposant sur l’exploitation et la domination. Les résultats en sont terribles.

   Partout, l’argent, le profit financier sont présentés comme une valeur en soi, comme le critère absolu de la réussite. En ça, ils ont terrassé les valeurs humanistes profondes et ancrées dans la réalité française .

   L’alliance affichée de la politique et de la finance crée de la violence, certes symbolique mais fortement ressentie par les dominés.

   Cette violence sociale, relayée par une constante violence entretenue dans les esprits, tient les humbles en respect. D’autant que l’argent comme unique valeur crée de la sidération tel que les individus ont du mal à sortir de ce cadre de pensée, d’autant qu’il est en permanence relayé par les médias et la publicité.

   En un mot, le capitalisme est résolument engagé dans un processus mortel d’accumulation de financiarisation et de gaspillage en tous domaines.
Tout ce qui autrefois avait valeur de biens communs est dévasté. Le Grand Marché Transatlantique non seulement va aggraver tous ces ravages mais va, si les peuples ne l’empêchent pas d’arriver à son terme, redessiner un monde exclusivement au service des possédants. Il y a grand danger.
Et si la conscience publique sait que la planète va mal, elle ne mesure pas encore que le genre humain est lui gravement menacé.

Face aux tragiques conséquences et dangers de cette situation, nous pouvons affirmer que nous vivons un moment de basculement du monde et une crise politique dont l’issue ne peut être déterminée à priori. Nous approchons d’une véritable bifurcation de civilisation dont l’enjeu est d’aller vers le mieux ou le pire pour le genre humain.

 

      La question qui vient alors à l’esprit, lancinante, angoissante mais porteuse de débouchés si la lucidité exigée fait son œuvre : comment en sommes nous arrivés là ?

      Comment expliquer que le peuple français, peuple qui a fait de ses mains, de sa clairvoyance et de ses forces la révolution française, la commune de Paris, le Front populaire, la résistance au fascisme et le programme novateur qui s’en est suivi n’ait pu empêcher ce véritable recul de civilisation?

 

Les tenants du capitalisme ont pris peur du peuple.

Car s’il y a un point sur lequel il n’y a aucune ambiguïté c’est de considérer que le capitalisme, ce n’est pas de la gauche qu’il a peur, surtout avec le gouvernement que nous avons actuellement, c’est le peuple qu’il craint. 

Ces responsables ont pris conscience que peu à peu, enrichi par ses luttes et leurs portées, le peuple pouvait envisager de construire une autre société. Les acteurs du capitalisme ont donc tout mis en œuvre, le plus souvent ces dernières décennies avec l’appui des gouvernements, pour asseoir leur domination et perpétuer leur régime. Ils se sont fixés une tâche primordiale à leurs yeux consistant à priver les français de toute projection vers un autre avenir de la société. Ils ont consacré toutes leurs forces et tous leurs moyens pour atteindre leur objectif : gagner la bataille des idées. 

 

UNE PENSÉE IDÉOLOGIQUE DOMINANTE

   Le capitalisme et tous ses acteurs ont puissamment réussi à faire avancer leurs idées, leurs concepts en inventant les objectifs et les moyens d’une perpétuation et d’une aggravation de la main-mise des possédants sur toute la société.

Ils savent vers quelle société ils veulent aller et cela leur donne le monopole de la crédibilité quand à la capacité d’organiser et de faire vivre une société.

Et ils considèrent, non sans une bonne part de raison, qu’ils ont gagné cette bataille. N’est-ce pas un haut dirigeant du MEDEF qui a récemment déclaré : « Nous (les capitalistes) avons gagné la bataille des idées ». Ce qu’avait exprimé, d’une autre façon le milliardaire américain Warren Buffett en avouant, déjà en 2005 : « Bien sûr qu’il existe une guerre des classes, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et nous sommes certains de la gagner. »

Ce qui en passant, confirme qu’il y a toujours lutte des classes et qu’en ce moment elle est tout particulièrement violente.

Et derrière ce que les tenants du capitalisme, appellent « la fin des idéologies » se cache en réalité une pensée idéologique qui se veut unique, celle du capitalisme financier.

 

On comprend dès lors que dans un tel système, ceux qui en bénéficient grassement sont totalement et en permanence mobilisés pour rendre irréversible le système capitalisme. Ils mettent tout en œuvre pour briser tout contre-pouvoir et surtout toutes autres formes de pensées qui pourraient étayer une nouvelle société débarrassée de ce néfaste système. 

Pour cela, ils ont utilisé sans relâche dans leur langage comme dans leurs actions, deux maîtres mots : corrompre et détourner. 

Les porte-voix du capitalisme s’adonnent à la corruption du langage avec des manipulations systématiques du vocabulaire visant à corrompre la pensée. Ils se sont rappelé ce que disait  George Orwell, écrivain et journaliste anglais : « la corruption du langage sape la possibilité de mener une vie dans laquelle vous soyez libre de penser vos propres pensées. »

On nous assène que les riches sont des créateurs de richesse, les travailleurs des charges ; Que les riches seraient menacés par l’avidité d’un peuple dont les coûts, c’est-à-dire les salaires et les protections sociales, deviennent insupportables. 

Avec leur langage le chômeur devient le sans-emploi. 

Ils affirment que c’est le chômeur qui est assisté alors que c’est l’actionnaire qui l’est. 

Avec eux l’allocation chômage devient l’allocation d’aide au retour à l’emploi. 

La privatisation des services publics devient la cession d’actifs publics.

Cette liste de corruption du langage et des consciences est infiniment plus ample que ces quelques exemples.

Le détournement, lui, touche le syndical et le politique.

Les responsables du capitalisme font tout pour intégrer le syndicalisme à leurs visées afin de tempérer les conflits sociaux et au fond tenter d’apaiser la société, donc pérenniser l’ordre politique, économique et social dominant. Le fond de cette démarche est d’exclure le syndicalisme du champ politique et tenter de l’empêcher d’imaginer une autre société. 

En ce sens, ce qu’il faut à tout prix pour le capitalisme, c’est tuer une originalité française cristallisée dans la charte d’Amiens d’octobre 1906 adoptée par la CGT lors de son congrès. Cette charte ajoutait à la fonction classique de la pratique revendicative quotidienne, la fonction politique, via l’intervention des travailleurs par tous les moyens y compris la grève générale et visant à renverser le capitalisme. On peut dire que les capitalistes ont quasiment atteint leur but puisque les syndicalistes, y compris ceux de combat comme la CGT, rejettent désormais d’eux-même le mot politique comme antinomique de la globalité de leur action.

Le détournement n’a pas épargné, loin s’en faut, la finalité des activités politiques, tout spécialement l’activité politique des partis progressistes.

Peu à peu a été construit un véritable piège consistant à faire admettre que la liberté de choix pour l’avenir du pays, que le pouvoir du peuple ne pouvait se manifester qu’au seul travers des élections. Progressivement ce piège s’est refermé sur les partis progressistes qui, de plein gré, croyant servir par cet unique moyen le peuple, sautent d’une élection à une autre, de plus en plus rapprochée. 

La priorité des priorités est devenue, au fil du temps, d’avoir des élus avec la conviction que tout pouvait se régler ainsi. 

Cette stratégie, avec toutes ces néfastes conséquences, a conduit ces partis politiques progressistes, et tout particulièrement le PCF, à s’allier avec des formations politiques dites de gauche mais qui ont abandonné toute idée de changer la société et servent désormais le capitalisme. 

Hélas, ces pratiques perdurent encore de nos jours. 

Mais la réalité, là aussi, a été la plus forte. L’enjeu devenu prioritaire des élections  et des positions électorales a débouché sur une totale impasse.

Les cinquante dernières années le prouvent amplement. Il n’y a eu non seulement aucun changement fondamental de société, mais, on l’a vu, les conditions de vie humaine se sont gravement dégradées, tout spécialement ces dernières années. 

              Le capitalisme est devenu maître

 

    Et plus préoccupant encore pour ces partis politiques progressistes, le peuple, faisant une nouvelle fois preuve d’une grande lucidité, n’a pas  suivi. Il a délaissé massivement ces pratiques et choix politiques. L’abstention marque désormais majoritairement les scrutins électoraux. Ces partis politiques, et en premier lieu le PCF payent un lourd tribu. Ils se sont considérablement affaiblis, n’étant plus que l’ombre d’eux-mêmes tant en force électorale qu’en organisation politique. Mais il y a encore plus grave, car on ne peut éviter d’ajouter que, gagnant sur ce terrain de la stratégie politique, le capitalisme a aussi réussi à ce que ces partis politiques progressistes, noyés dans les méandres des enjeux électoraux à court terme, ne mènent plus la réflexion idéologique qui seule peut permettre de penser une autre société. Penser un autre avenir, une autre société, donner de la chair à une autre vie humaine avec le commun comme visée, a été quasi totalement délaissé.  En finalité a été accepté que continuellement soit renvoyée à plus tard la mise en cause des structures de la société. 

Et fait tout aussi grave, ils expriment une vision des plus hautement préoccupante. Ils affirment, qu’en politique, comme en d’autres domaines, il y a des bas et des hauts. 

Selon ces dirigeants, nous nous trouvons, comme inévitablement, au creux de la vague, mais la remontée viendra presque d’elle-même, malgré tous les signes négatifs actuels. Et pendant ce temps, le champ est laissé libre à l’idéologie capitaliste. 

« Nous avons gagné la bataille des idées » trouve ici toute sa véracité.

 

POUR UN NOUVEL HORIZON DE SOCIÉTÉ

C’est pourquoi la question qui devient incontournable et en même temps urgente est celle qui interroge sur un nouvel horizon de civilisation et qui signifie qu’il faut sans retard engager une réflexion en profondeur sur un au-delà du capitalisme. 

Toute la crédibilité attendue est du côté de ceux qui pensent à une société qui vise à cet au-delà du capitalisme, qui pense qu’elle est possible et qui en font une action incontournable.

Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de ressources et de compétences technologiques et scientifiques. Elle est riche de puissance comme personne dans les siècles précédents n’avait pu l’imaginer.

Dans ce cadre, il est permis à chaque individu d’espérer se voir reconnaître une égale dignité avec les autres humains, d’accéder aux conditions matérielles suffisantes pour mener à bien sa conception de la vie bonne, dans le respect des conceptions des autres.

Nous sommes c’est évident, devant des questions inédites dans l’histoire de l’humanité. Il est donc vital de multiplier les lieux de débats et de confrontations pour essayer de dégager une nouvelle perspective et surtout pour parler politique en vue de sortir de cette approche gestionnaire qui s’est imposée dans les débats politiques.

Pour sortir du sentiment d’impuissance dans lequel nous sommes englués, il faut mettre à la fois la bataille des idées et le pouvoir d’agir qui se nourrissent l’un l’autre sur un même plan.

Le débat d’idées est la condition pour que se dessine progressivement un nouvel horizon permettant de s’y projeter et de se mobiliser.

 

Toujours, nous devons méditer ce que disait Jean Jaurès : « On vous dit, c’est le refrain d’aujourd’hui : allez à l’action. Mais qu’est-ce que l’action sans la pensée ? C’est la brutalité de l’inertie. »

 

Il n’est pas inutile, à ce stade, de se questionner pour se demander :

Mais au fond qu’est-ce que l’idée ?

Une idée est, avant tout, une énergie, un rayonnement, une force, une puissance d’invention d’une autre réalité que celle que nous subissons et à laquelle les dominants ont toujours affirmé que nous étions inexorablement voués. 

Et la force principale de l’idée, c’est que ce n’est pas seulement une réaction à un présent insupportable, c’est une tension vers l’avenir.

On comprend mieux l’acharnement des capitalistes à, tout à la fois, faire triompher leur idéologie et plus encore à combattre toutes idées, tout débat d’idées qui pourraient avoir comme débouché de penser une autre société et d’agir pour en faire vivre les concepts constituants.

Il y a donc une grande urgence à penser l’après capitalisme car il a fait son temps. L’exploitation criminelle des individus, de la nature, condamne sans appel ce système.

Que peut-il se passer si nous ne regagnons pas l’hégémonie dans le débat d’idées ? 

Qui peut encore ignorer les risques d’un pourrissement de la situation actuelle ?

Penser tout de suite l’après capitalisme, non pas comme un programme détaillé, mais comme un mouvement de la société – notons au passage que tel est le sens profond du communisme – vers une autre logique est non seulement un but mais devient un levier pour donner du sens au présent.

 

Nous avons une conviction et elle peut largement rassembler : face à la crise, il n’y a qu’un seul impératif, gagner les citoyens à la seule perspective convaincante qui s’offre à nous : poursuivre et généraliser une révolution post-capitaliste, en partie déjà amorcée par les mouvements citoyens.

 

Nous avons conscience que la tâche est difficile et complexe. Nous sommes confrontés à une situation contradictoire. Le scepticisme est fort, il existe une immense lassitude.

Le grand argument des forces capitalistes et malheureusement du pouvoir actuel c’est que le malheur est inévitable. On invite à la résignation, au fatalisme et au repliement sur soi. 

Il n’y aurait pas d’autres choix, nous disent les sociaux libéraux qu’une politique de rigueur renforcée. 

Il s’agit en fait d’une espèce d’abîme de dé-civilisation quasi totalitaire qui nie tout autant le monde humain, les territoires, la nature.

La liquidation des valeurs humaines est au moins aussi préoccupante que la fonte des glaciers. N’est-il pas enfin de notre devoir de dire aussi que nous vivons le temps où les idées fascisantes peuvent encore progresser. 

Comment ne pas comprendre, dès lors et de la part d’un grand nombre de nos citoyens,  les immenses hésitations à se lancer dans un combat qui peut apparaître comme perdu d’avance.

A cela il faut ajouter comme élément démobilisant  que, ces dernières décennies, aucune des grandes mobilisations n’a, non seulement que très peu réfréné le rouleau destructeur des politiques suivies mais n’a pas non plus trouvé de débouché politique.

La politique a perdu en plus le contact avec le monde populaire. 

Plus grave, les forces traditionnelles de la Gauche, partis et syndicats sont en crise profonde.

 

Malgré la dérive droitière du pouvoir actuel qui se dit, mais uniquement dans les slogans, encore socialiste, les forces les plus à gauche ne parviennent pas à porter les déceptions, les colères et les attentes.

 

Le Front de Gauche, après avoir fait vivre un espoir d’une ampleur exceptionnelle, s’est très vite empêtré dans des enjeux de pouvoir et querelles de sommet. Et depuis qu’il existe, il n’a pas su ouvrir une alternative aux désastreux choix actuels. Pourtant le Front de Gauche conserve encore une certaine attraction auprès de celles et ceux qui aspirent au changement.

Mais il ne progressera que s’il s’attache à bâtir, avec les gens eux-mêmes un nouvel imaginaire et sait exprimer une perspective qui projette dans l’avenir.

Et s’il ne le fait pas, en plaçant son activité, ses choix et sa direction entre les mains de celles et de ceux qui croient en lui, il continuera de végéter en encourant le risque d’imploser.

 

UN MÉLANGE D’ESPÉRANCE ET DE DÉTERMINATION

Mais, loin s’en faut, il n’y a pas que des préoccupations. 

Un mélange d’espérance et de détermination dégage l’horizon. 

À côté du marasme actuel, existe une multitude d’expériences, d’initiatives qui vont dans le sens d’une alternative à l’actuelle société. Elles sont innombrables et portées par des milliers d’organisations ou associations et par des milliers et des milliers de personnes.

N’y-a-t-il pas nécessité absolue à encourager et à favoriser le développement de tous ces mouvements citoyens qui montrent, à leur façon que la société de demain est déjà présente dans la société d’aujourd’hui ?

N’y-a-t-il pas nécessité de contribuer à nourrir ce qui au fond est un concept révolutionnaire des plus contemporains : une reprise en main par les citoyens eux-mêmes de leur propre destin ? 

C’est ce processus par lequel une société se ressaisit elle-même et refonde ses institutions qui nous intéressent. 

Nous sommes encouragés à penser ainsi.

Une récente enquête nationale montre que cette vision de la mise en mouvement de la société n’est pas utopique. 

Pour sortir de la crise, 46% des interrogés estiment qu’il faudra d’abord compter sur les gens eux-mêmes et estiment que, face à la crise, le citoyen peut-être déterminant pour trouver les pistes de sortie vers le haut. 

 

Au fond que disent ces gens interrogés ?

Ne disent-ils pas que le capitalisme étant désormais irréversiblement in-aménageable, se pose un problème historiquement nouveau pour le mouvement populaire qui n’est plus seulement confronté aux partages des richesses mais bien plus à redéfinir ce que serait de vivre dans une nouvelle société ?

Et en même temps, n’expriment-ils pas fortement une volonté de ne plus être spectateurs mais acteurs de la transformation de la société ? 

De ce fait ne disent-ils pas qu’ils ne veulent plus du fonctionnement vertical des organisations politiques qui contredit le désir de délibération et de choix directs des individus ?

Cette enquête montre une nouvelle fois que chacun d’entre nous doit penser par lui-même et que les choix cruciaux de société appartiennent aux citoyens. Et du même mouvement, ils expriment leur capacité, leur intelligence à faire face à leur responsabilité.

Déjà Jean Jaurès exprimait l’idée que : « les ouvriers sont collectivement porteurs d’une intelligence propre, nécessaire à l’analyse et à la transformation de la société. » D’ailleurs la première moitié du 20ème siècle a largement montré que le mouvement ouvrier a su s’appuyer sur de grands repères communs capables d’être majoritaires. 

Forts de ce raisonnement qui reste d’une très grande actualité, conscients des enjeux  et spécificités liés aux évolutions de notre temps nous disons que l’expertise des peuples vaut bien celle des politiques, des experts auto-proclamés et des médias.

Il faut donc sans retard faire redémarrer cette faculté essentielle qui est celle de l’imagination politique. C’est ainsi que nous disputerons au capitalisme la capacité d’organiser une autre société.

Et dire et répéter que la mise en mouvement à grande échelle des citoyens, ce n’est pas d’abord le pouvoir politique et les enjeux des partis, c’est la construction d’une nouvelle culture politique qui sera le moteur de toutes les évolutions futures de la société.

 

La situation que nous venons de dépeindre dans ce bref exposé exige une bataille d’idées inédite et une mobilisation sans précédent des intelligences.

 

Nous savons qu’existe souvent une véritable peur d’un changement fondamental de société. Cela tient, le plus souvent, à ce que nos concitoyens ne voient ni les buts ni les moyens d’un tel changement. S’installe alors une redoutable  paralysie, souvent l’inaction la plus totale. 

Donner et donner encore des arguments, développer des concepts, des analyses au travers d’un utile et permanent débat d’idées, telle est la tâche primordiale. Voilà pourquoi nous nous mobilisons pour organiser des conférences.

 

LE COMMUNISME : UN PROCÉSUS A L’ORDRE DU JOUR ?

Nos conférences, à leur modeste échelle, ont pour objectif d’éclairer les chemins de l’avenir pour mieux donner de la perspective et de la force aux luttes d’aujourd’hui.

Nos conférences visent à nourrir le débat idéologique permettant la seule recherche qui vaille : les combats humains les plus immédiats doivent aller chercher leur réponse dans un au-delà du capitalisme.

Nos conférences ambitionnent d’en finir avec le vieux système où la politique s’impose aux gens par le haut. Nous voulons prendre notre part pour que le peuple de France soit acteur, constructeur et décideur de son propre sort comme de celui du pays. 

En finalité, nous voulons gagner les citoyens à la seule perspective convaincante qui s’offre à nous : poursuivre et généraliser une révolution post capitaliste en partie déjà amorcée.

En ce 21ème siècle commençant, il s’agit là d’une vision et d’une tâche novatrice qui marquera la vie humaine autant que les moments historiques qui ont éclairé la renommée de la France, comme par exemple le siècle des lumières. 

Celles et ceux qui oeuvrent à l’existence et à la réussite de nos conférences portent tous des visions partagées du présent et des pensées pour un tout autre avenir que ce que nous vivons. Mais ils sont aussi porteurs de réflexions et de pensées riches de leurs différences.

Mais tous,  nous travaillons au diapason pour tenter de répondre à une question que nous croyons déterminante : le communisme peut-il encore dire la relance d’une vision et d’une politique pour notre société capable de porter l’émancipation au 21ème siècle ?

 Nos conférences ambitionnent de répondre à cette vitale question : ensemble revisitons le communisme.

Pour commencer, nous nous refusons de fermer les yeux sur tout ce qui  fait que l’esprit de notre époque est plus à penser que l’idée communiste est anémiée, voire disparue.

Nous savons que les expériences passées ont tragiquement montré que l’utilisation qui a été faite du mot communisme s’est gravement écartée des chemins de la liberté et de la souveraineté des peuples, jusqu’à ne plus rien avoir avec les fondamentaux du communisme.

Pour nous, il n’est donc pas question de mener le combat pour un nouveau siècle émancipateur en laissant s’assoupir la conscience des fautes et des crimes qu’a charrié, au cours du précédent siècle, cette immense cause de clairvoyance et d’humanité.

Nous allons avec la plus grande détermination continuer de montrer que le communisme peut être un processus plus que jamais à l’ordre du jour mais aussi comment il sera radicalement autre que les expériences du  20ème  siècle.

Nous continuerons à développer comment le communisme s’identifie à produire du commun par le mouvement des gens eux-mêmes, que l’idée communiste est universelle en ce qu’elle concerne l’espèce humaine dans son entier.

 

Nous nous attacherons à démontrer que le communisme n’est pas une idée abstraite. C’est une dimension du combat que mènent les dominés, un nom dans lequel ils se reconnaissent entre eux et se constituent ensemble comme acteurs de la lutte pour leur émancipation. Pour éclairer notre pensée, nous rappellerons par exemple que la sécurité sociale s’est construite sur la base d’une idée ressortant du communisme : " de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins ". 

Et en revisitant le communisme, nous montrerons que pour progresser le mouvement de libération humaine a besoin du concours de toutes les sensibilités qui s’en réclament. Et à ce titre nous nous efforcerons de montrer que le communisme peut être une piste majeure de l’émancipation humaine.

Car, quand nous avons parlé de tous les mouvements citoyens qui portent un au-delà du capitalisme, nous aurions pu dire que la réalité de ces mouvements contient un communisme déjà là.

 

Et ces mouvements citoyens montrent que le débat idéologique, comme le communisme et avec lui l’égalité, la justice ne sont pas d’abord une affaire d’intellectuels, de spécialistes des idées, même si bien entendu les intellectuels contribuent grandement à la rigueur 

des idées, à leur élaboration. Nous affirmons que le débat idéologique, avec toutes ses facettes, est l’affaire de tous, tout particulièrement du peuple travailleur.

Nous dirons, avec l’écrivain Jack London, que l’homme, quelles que soient ses conditions sociales « voit avec les yeux de la pensée »

En finalité, nous puiserons notre énergie pour poursuivre et développer la tenue de nos conférences dans la conviction qui est la nôtre que le communisme est plus que jamais l’avenir d’une espérance. Et que s’engager à faire vivre un communisme de notre temps – que nous appelons " Communisme de nouvelle génération " – c’est prendre le chemin le plus court pour aller vers le changement de société.

 

Notre nouvelle saison 2015-2016 qui, a pour thème central « En commun, nous pouvons changer la société », exprime notre détermination à travailler à notre place, à apporter notre pierre pour changer le monde.

 

Nous ferons ainsi vivre notre emblème qui s’inscrit au fronton de toutes nos conférences, tirée des œuvres de Marx et qui, dans sa signification profonde, peut donner une force et une unité nouvelle aux luttes d’aujourd’hui tout en dégageant un autre avenir sociétal : « Le temps de la lutte doit toujours être le temps de la pensée. »

 

Ce qui précède porte tout à la fois les échanges et les confrontations nourris entre nous tout au long des quatre années qui viennent de sanctionner notre travail commun. Il est également le fruit d’un débat général récent qui s’est finalisé par la synthèse rapportée ci-dessus.

Il nous semble en effet impossible de parler de notre petite expérience sans exprimer ce qu’est le lien qui soude notre démarche commune.

 

QUARANTE ACTEURS ET UNE DÉMARCHE COMMUNE

Nous sommes actuellement quarante acteurs. Certains sont membres du PCF, un autre du Parti de Gauche, un autre d’Ensemble, d’autres sont, sans engagement partidaire, partisans de l’hypothèse communiste, d’autres voient la chose d’une façon plus nuancée, comme cette militante chrétienne progressiste. Mais tous, nous partageons une volonté profondément ancrée en nous : rechercher, en organisant des débats d’idées, les voies qui pourront conduire à une nouvelle société, faite d’abord d’émancipation  humaine. Nous le faisons en affirmant, clairement et publiquement, que le communisme représente une des hypothèses de travail des plus pertinentes. 

 

Il faut bien voir également que si nous sommes passés de cinq-six personnes au début à plus de quarante aujourd’hui, c’est d’abord grâce à l’impact de ces débats d’idées, complètement nouveau dans notre ville et sa région.

Nous avons la conviction que nombre de communistes et amis qui nous ont rejoints ont compris que c’est à partir des débats idéologiques que l’on contribuera à l’action des travailleurs, à un débouché politique commun.

N’ont-ils pas compris aussi que nos conférences ne constituent en rien une espèce de club fermé mais relèvent de l’action politique même ?

N’ont-ils pas également compris que les combats les plus immédiats doivent aller chercher leurs réponses et au fond leur énergie, dans un au-delà du capitalisme ?

Et de la même façon, n’ont-ils pas vu qu’expliciter quelle nouvelle société on vise à partir des luttes est un moyen de combattre à armes égales avec le capitalisme ?

N’ont-ils pas senti combien les luttes ont besoin de changer de nature en brisant la cloison entre elle et la vie politique ?

 

N’est-ce pas GRAMSCI qui disait : « la politique n’est pas un échange spécifique mais une dimension incorporée dans presque toutes les activités humaines, jusque dans la vie la plus quotidienne ».

 

Enfin ne se sont-ils pas posés la question de savoir quand donc le parti communiste français parlera-t-il enfin du communisme ? 

Pourquoi ce choix si lourd de conséquences, alors qu’en rendant à ce mot " communisme " sa lumière propre, en renouant les perspectives qu’il faut ouvrir, ne pourrait-on pas commencer d’entrevoir la sortie du monde enténébré du capitalisme ?

 

Ne se sont-ils pas vus alors en militants promouvant, comme une de leurs tâches principales, le communisme dont la signification première, expliquait Karl Marx, veut dire de " mettre le peuple en mouvement ". Avec comme tâche concrète de travailler à rendre le Front de Gauche populaire, c’est-à-dire an plaçant sa destinée, son orientation, ses choix entre les mains des citoyens, en leur permettant d’y adhérer pour en faire un front du peuple ?

 

Nos conférences ont eu certes des thèmes énoncés différemment mais au fond, on y retrouve toujours une double visée, étroitement liée l’une à l’autre et qui concerne d’une part " le rôle et le pouvoir du peuple" et d’autre part la nécessité et l’urgence de " penser une autre société ".

 

A ce jour, nous avons tenu depuis l’automne 2011, seize conférences. 

Il est à noter que les premières saisons, nous tenions trois ou quatre conférences, actuellement nous en sommes à sept ou huit. Nous avons accueilli pour les animer vingt neuf conférenciers avec qui nous nous efforçons d’entretenir des contacts réguliers (sont joints à ce texte la liste des conférences, les thèmes choisis et les noms des conférenciers).

Il est à noter – et sans doute faut-il lier cette positive évolution à l’empreinte laissée dans une partie de la population par nos débats idéologiques – que la saison 2014-2015 qui va s’achever en mai, aura connu une notable croissance de fréquentation. 

On peut estimer avoir accueilli cette présente saison entre six cents et sept cents personnes.

Il est réjouissant pour nous d’entendre ces quelques centaines de personnes disant la plupart du temps, en venant à nos conférences : "je vais aux conférences de L’ATELIER". En effet nous avons décidé de nous dénommer ainsi car dans un atelier, on réfléchit, on façonne, on construit, et en suite logique, nous nous sommes constitués en association loi de 1901. Ajoutons que les médias régionaux parlent désormais couramment de " L’ATELIER " et de " Communisme de Nouvelle Génération ". 

 

Nous essayons d’ouvrir une coopération avec les établissements du second degré de la ville. Nous avons été agréablement surpris de voir le proviseur du lycée d’enseignement général accepter que l’un de nos conférenciers aille s’exprimer, une heure durant, devant une centaine d’étudiants. 

Nous mettrons tout en œuvre pour que se renouvelle cette initiative. 

Nous tenterons de conduire la même démarche avec d’autres établissements de la ville.

 

Enrichi et surtout galvanisé par l’intérêt et la portée de nos débats idéologiques, nous préparons notre future saison 2015-2016. 

D’ors et déjà, et toujours à partir de ce que nous ressentons des débats, nous allons faire évoluer le titre général de notre démarche. Désormais, dans tous nos écris, dans nos relations avec les médias, sur la banderole apposée à chaque conférence, figurera :  " EN COMMUN, NOUS POUVONS CHANGER LA SOCIÉTÉ ". 

         Je ne développe pas mais le lecteur(trice) comprendra que nous voulons mettre l’accent sur les mots " COMMUN  " (voir le livre de Christian Laval et Pierre Dardot), sur " POUVOIR  ", le pouvoir du peuple (voir Podémos) et sur  "CHANGER LA SOCIÉTÉ ".l’alternative. 

   Ce nouveau titre général sera bien évidemment accompagné sur tous les supports de ce qui est le cœur de notre visée " POUR UN COMMUNISME DE NOUVELLE GÉNÉRATION " et que nous ferons suivre – c’est ce que nous avons retenu depuis le début de notre existence – la phrase tirée des écris de Karl Marx : " LE TEMPS DE LA LUTTE DOIT TOUJOURS ÊTRE LE TEMPS DE LA PENSÉE ".

 

En ayant recherché, partout où nous le pouvions des adresses, nous expédions environ mille invitations par mail et une centaine par voie postale.

Enfin pour terminer nous dirons que l’impact grandissant de nos conférences dans l’opinion fait que les médias, notamment le journal régional " La Montagne ", mais aussi les radios locales nous accordent un traitement que nous apprécions à sa juste valeur. C’est ainsi que souvent la presse, quarante-huit heures avant la conférence, interview les conférenciers, ce qui en accroît l’impact.

 

COMMUNISME ET HUMANISME

En guise de conclusion, je voudrais dire que ce qui a rassemblé et guidé au début de notre démarche et qui n’a fait que se confirmer au fil du temps, c’est une profonde conception humaniste. 

Nous avons la volonté de faire avancer – je crois que nous y arrivons un peu – l’idée que l’homme au sens d’être humain – est capable de penser par lui-même, de décider, de réfléchir et d’œuvrer à son émancipation. 

Un homme capable, avec ses semblables, d’en finir avec les désastres sociaux, écologiques et humains que nous vivons et d’être le bâtisseur d’une autre société, d’un autre monde où les valeurs universelles, de justice, d’égalité, de fraternité, de solidarité, de culture l’emporteront.

                                      Pierre GOLDBERG

Montluçon, le 24 avril 2015

l'article en pdf avec le calendrier des conférences

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